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TEMOIGNAGE : courrier des enseignants d’une école de l’Isère sur nos conditions de travail

jeudi 21 novembre 2019

"Nous, professeurs des écoles, nous aimons notre métier. Comment cela pourrait il en être autrement ?"

Notre rôle est d’instruire et d’éduquer les adultes de demain. En cela, nous participons à la construction des bases de la société future, une si grande responsabilité ne peut être que gratifiante et enthousiasmante.

La satisfaction ressentie en classe devant des enfants montrant une joie authentique à apprendre et à savoir de nouvelles choses est immense. Dans une société en crise de « sens », notre métier prend d’autant plus d’importance, de sens et d’utilité.

Et pourtant, dans ce métier, dans lequel la vocation est essentielle, madame Renon, cette directrice d’école qui a mis fin à ses jours en septembre dernier, a décrit de façon très réaliste son quotidien épuisant.

Nous avons beaucoup parlé de cette lettre dans notre école. La fatigue extrême dont parle madame Renon, son épuisement au travail ont fait résonance chez tous les enseignants.

Notre école compte environ 300 élèves. Depuis une dizaines d’années, les tâches de direction n’ont cessé d’augmenter. Pour ne citer que 3 exemples : 1- il y a eu la mise en place des PPMS (risques majeurs et intrusion-attentat), 2- la gestion des dossiers d’inscription en 6ième via le logiciel Affelnet (auparavant assurée par les secrétariats des collèges), 3- le suivi des dossiers d’enfants en situation de handicap ou à lourds besoins éducatifs (avec la communication à assurer avec les familles et tous les services sociaux ou de santé concernés).

A cela s’ajoutent les multiples tâches quotidiennes de direction qui font qu’un directeur ou une directrice est sans cesse sollicité, par les collègues, les parents d’élèves ou les différents partenaires de l’école. En réalité : rien d’insurmontable, mais c’est la multiplicité des tâches qui crée la complexité. Avec , parfois dans le même temps, une charge d’enseignement à temps partiel complété par des enseignants qui changent d’affectation chaque année. Dans ce contexte d’augmentation de la charge, les agents « aides administratifs » ont été supprimés ! Ils avaient été mis en place il y a 15 ans et ils assuraient un secrétariat de base essentiel, pour le directeur et les enseignants. Ce double métier, enseignant et directeur est passionnant, mais c’est le « toujours plus » épuisant évoqué par Christine Renon.

Chaque matin, environ 500 personnes, enfants et adultes accompagnateurs, sont devant le portail de l’école. Certains parents ou enfants ont dès 8h20 des questions, des récriminations, des informations à donner et attendent parfois, à tort ou à raison, des réponses immédiates. La journée de travail de tous les enseignants a commencé.

De façon générale, un professeur des écoles arrive entre 7h30 et 8h00 à l’école et en repart entre 17h30 et 18h00. En dehors du temps de classe avec les élèves, nos tâches quotidiennes sont multiples : préparations différenciées dans la majorité des matières, corrections des travaux des élèves , réalisation des APC, gestion des mails de l’école et de notre administration, gestion des relations-parents, des mots dans les cahiers de liaison, rendez-vous parents, réalisation des PPRE’s, des dossiers Gevasco pour les élèves en difficultés, réflexions pédagogiques pour la préparation des projets de l’année, rencontre avec les différentes intervenants projets et planification de leurs interventions.

Entre 11h45 et 13h15, la réalisation de certaines tâches nécessaires au travail de l’après-midi fait que le temps du repas est très souvent réduit à 15 mn. Enfin, la multitude de tous ces travaux fait que les soirs, après les tâches quotidiennes, les mercredis, les week-ends, durant les congés de l’année, un temps important doit être encore systématiquement consacré à notre métier si nous voulons bien le réaliser.

Le temps de réflexion pédagogique inter-enseignants, pourtant nécessaire à la mise en place d’axes et de projets pédagogiques communs à plusieurs classes ou à toute l’école a du mal à trouver sa place dans cet emploi du temps. Le quotidien de gestion de la classe ne laisse plus de temps à des discussions inter-enseignants et les 108 heures, dans lesquelles ce temps là est comptabilisé, sont déjà largement dépassées par toutes les autres taches.

Durant le temps de classe, la charge psychologique de notre métier est intense.

L’hétérogénéité des élèves est de plus en plus importante, que ce soit en simple ou en double niveau. En CM, certains enfants ont encore des difficultés à lire et à écrire, alors que d’autres sont prêts pour être collégiens. En cycle 2, certains enfants ne connaissent pas encore les lettres, n’ont pas de posture d’élève, perdus dans l’organisation de la classe, alors que d’autres savent déjà lire et planifier leur travail. La différentiation pédagogique, qui permet de s’adapter aux différences de niveau des élèves, est ainsi aujourd’hui nécessaires dans toutes les classes. Mais elle est également très coûteuse en énergie et demande des temps de préparation toujours plus longs.

Dans leur posture d’élève, les enfants de notre société nécessitent une gestion de classe très importante. Dès le cycle 2, des enfants discutent régulièrement les consignes, bavardent beaucoup en classe, peuvent être très inattentifs et l’adulte n’a plus une autorité naturelle. Dans des classes à 25 élèves en moyenne, la gestion de classe est de plus en plus psychologiquement fatigante et usante car elle est sans cesse remise en question par beaucoup d’élèves. De plus, le mal-être de notre société rejaillit sur des enfants que nous accueillons en classe. Ils arrivent dans la classe avec leurs soucis, leurs difficultés et l’enseignant est seul face à ces problèmes qui peuvent se transformer rapidement en insolences, crises, parfois violences. La loi sur l’école inclusive a rajouté à cet environnement déjà difficile beaucoup de stress et de fatigue. L’inclusion dans les classes ordinaires d’enfants handicapés, pouvant présenter des troubles d’apprentissage ou de comportement, est une très belle idée que la grande majorité des enseignants partagent. Celle-ci devient en pratique malheureusement trop souvent source de difficultés ou de souffrance pour tous les élèves et l’enseignant qui se retrouve démuni pour gérer, en plus de sa classe, les troubles de ces enfants.

Cette course quotidienne est éreintante car elle ne ralentit jamais.

Aujourd’hui, nous voulons partager avec vous notre fatigue, parfois notre usure dans l’exercice de ce métier, ainsi que notre angoisse face à l’avenir. Nous avons peur de ne plus pouvoir exercer comme il le faudrait notre si importante mission auprès de nos élèves.

D’autres systèmes scolaires étrangers, Pays du nord de l’Europe, Allemagne, Canada, ont mis en place des solutions qui nous semblent intéressantes pour améliorer cette situation. Des adjoints administratifs pour les directeurs d’école, des éducateurs dans les écoles pouvant prendre en charge les enfants ayant besoin de sortir de classe et leur permettre de s’apaiser un moment, des journées d’école sans enfant permettant un travail de réflexion pédagogique inter-enseignant serein, des classes moins chargées, du co-enseignement, des moyens supplémentaires pour réaliser l’école inclusive.

Enfin, c’est un autre débat qui n’est pas l’objectif de cet écrit, mais il faut souligner que le salaire d’un professeur des écoles en France est l’un des plus bas des pays de l’OCDE. Après 15 ans de métier, un enseignant en France gagne environ 2200 Euros net mensuels. Il gagne 2900 Euros en Espagne, 3400 euros au Danemark, 3100 euros au Japon, 4000 euros au Canada, aux Etats-Unis, aux pays-bas, 4400 Euros en Allemagne (données publiées par l’OCDE en 2018).

Mercredi 6 novembre dernier, par l’intermédiaire du rassemblement inter-syndical, nous avons fait remonter au Ministère de l’Education Nationale cet écrit ainsi que différentes propositions d’amélioration de notre métier. »

Je vous remercie pour votre attention.

L’équipe enseignante.

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